L’EMDR
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une approche psychothérapeutique structurée qui utilise les stimulations bilatérales alternées pour réactiver les mécanismes naturels de retraitement de l’information dans le cerveau.
« Remettre en mouvement ce qui est resté figé »
Fondements scientifiques
L’EMDR s’appuie sur le modèle du Traitement Adaptatif de l’Information (TAI), proposé par Francine Shapiro dans les années 1980 et enrichi depuis par trois décennies de recherche clinique.
Selon ce modèle, le cerveau dispose d’un système naturel de traitement de l’information qui permet d’intégrer les expériences vécues dans la mémoire autobiographique. Lorsqu’un événement dépasse les capacités adaptatives du système (choc, trauma, expériences répétées de rupture), ce processus s’interrompt : les souvenirs concernés restent stockés sous une forme sensorielle, émotionnelle et cognitive dissociée, générant des symptômes durables.
Les stimulations bilatérales alternées (oculaires, tactiles ou auditives) utilisées dans le protocole EMDR sollicitent plusieurs structures cérébrales impliquées dans la consolidation mémorielle, notamment les régions limbiques et préfrontales. Les études en imagerie cérébrale fonctionnelle (IRMf) mettent en évidence une réduction de l’hyperactivité amygdalienne et une meilleure intégration corticale des souvenirs après retraitement EMDR.
Protocole en 8 phases
Le protocole EMDR est standardisé en huit phases :
- Recueil de l’histoire et définition des cibles thérapeutiques
- Préparation du patient et construction de l’alliance thérapeutique
- Évaluation de chaque souvenir cible (représentation, cognition, émotion, ressenti corporel)
- Désensibilisation par stimulation bilatérale alternée
- Installation des cognitions positives
- Scan corporel
- Clôture de la séance
- Réévaluation à la séance suivante
La durée d’une prise en charge dépend de la complexité du tableau clinique : quelques séances pour un psychotraumatisme simple récent, plusieurs mois pour un psychotraumatisme complexe ou cumulatif.
Indications cliniques validées
L’EMDR est validée par l’Organisation Mondiale de la Santé (2013) et recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS) pour le traitement des états de stress post-traumatique. Ses indications cliniques se sont progressivement étendues :
- Psychotraumatismes simples (accident, agression, deuil traumatique)
- Psychotraumatismes complexes (traumas relationnels précoces, violences répétées, trauma cumulatif)
- Deuil périnatal (fausse couche, IMG, MIU, décès néonatal)
- Anxiété post-traumatique et phobies spécifiques
- Blessures émotionnelles précoces
- Douleur chronique à composante traumatique
Publics accompagnés :
enfants, adolescents, jeunes adultes, adultes, parents.
Modalités
Séances de 60 minutes, en cabinet à Nice ou en visio (avec adaptations documentées du protocole).
Tarif
75 € la séance.
Lorsque le psychotraumatisme s’inscrit dans un contexte complexe, le parcours coordonné Avipsy peut être un complément pertinent.
Références scientifiques
FAQ EMDR
Qu'est-ce que l'EMDR et à qui s'adresse-t -il ?
L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une approche psychothérapeutique structurée développée à la fin des années 1980. Elle vise à permettre au cerveau de retraiter des souvenirs qui n’ont pas pu être correctement intégrés au moment où ils ont été vécus – typiquement lors d’un événement traumatique, mais aussi lors de blessures émotionnelles répétées ou précoces. L’EMDR s’adresse aux enfants, adolescents et adultes confrontés à un psychotraumatisme simple ou complexe, à un deuil traumatique, à une phobie résistante aux autres approches, ou à une anxiété post-traumatique.
Combien de séances faut-il ?
La durée d’une prise en charge EMDR dépend de la complexité du tableau clinique.
- Psychotraumatisme simple et récent (accident, agression unique) : 3 à 8 séances de retraitement peuvent suffire.
- Psychotraumatismes anciens, deuils compliqués, phobies anciennes : généralement 10 à 20 séances.
- Psychotraumatismes complexes (traumas relationnels précoces, violences répétées) : plusieurs mois à plusieurs années, avec des phases de stabilisation et de retraitement alternées.
Le nombre de séances est rediscuté régulièrement en fonction de l’évolution clinique.
Comment se passe une séance EMDR concrètement ?
Une séance EMDR dure entre 60 et 90 minutes. Le patient est confortablement installé face au thérapeute.
Après un temps d’échange sur ce qui a évolué depuis la dernière séance, le thérapeute propose de travailler sur un souvenir-cible précédemment identifié. Le patient est invité à se représenter le souvenir, à identifier les émotions, les pensées et les sensations corporelles qui y sont associées.
Les stimulations bilatérales sont alors engagées par séries courtes (environ 30 secondes), entrecoupées de pauses pendant lesquelles le patient partage ce qui a émergé. Le processus se poursuit jusqu’à ce que le souvenir ne génère plus de détresse émotionnelle significative.
La séance se conclut par une phase d’ancrage et de clôture, pour que le patient quitte le cabinet dans un état stabilisé.
Quelques recherches et publications cliniques et scientifiques
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L’EMDR est l’une des psychothérapies les mieux documentées scientifiquement pour le traitement du psychotraumatisme. Quelques références pour aller plus loin :
- Organisation Mondiale de la Santé (2013) – Guidelines for the Management of Conditions Specifically Related to Stress. L’OMS recommande l’EMDR au même titre que les TCC pour le traitement des états de stress post-traumatique chez l’enfant, l’adolescent et l’adulte.
- Haute Autorité de Santé (France) – L’EMDR figure parmi les thérapies recommandées pour la prise en charge du psychotraumatisme.
- Bisson et al. (2013) – revue Cochrane : Psychological therapies for chronic post-traumatic stress disorder (PTSD) in adults, qui confirme l’efficacité de l’EMDR.
- Stickgold (2002) – EMDR: A putative neurobiological mechanism of action, Journal of Clinical Psychology, 58(1). Article fondateur sur les mécanismes neurobiologiques de l’EMDR, proposant un parallèle avec le sommeil paradoxal.
- Shapiro, F. (2001) – Eye Movement Desensitization and Reprocessing: Basic Principles, Protocols, and Procedures. Guilford Press. Ouvrage de référence par la fondatrice de la méthode.
- Van der Kolk, B. (2014) – Le corps n’oublie rien : le cerveau, l’esprit et le corps dans la guérison du traumatisme. Livre grand public accessible, par l’un des psychiatres de référence sur le trauma.
Qu'est-ce qu'un psychotraumatisme complexe ?
Un psychotraumatisme complexe (ou trauma complexe) désigne un ensemble de souffrances consécutives à des événements traumatiques répétés, prolongés et souvent précoces, généralement dans un contexte relationnel : violences intrafamiliales, maltraitances de l’enfance, carences affectives graves, environnements chroniquement insécurisants.
Il se distingue du psychotraumatisme simple (événement traumatique unique et circonscrit, comme un accident ou une agression ponctuelle) par plusieurs caractéristiques :
- Des difficultés durables de régulation émotionnelle (hyper-réactivité, sidération)
- Des troubles de l’attachement et des relations interpersonnelles
- Un rapport à soi altéré (honte, culpabilité, dévalorisation, clivage)
- Des symptômes dissociatifs (amnésie partielle, dépersonnalisation, déréalisation)
- Une symptomatologie somatique (douleurs chroniques, troubles du sommeil)
La prise en charge d’un psychotraumatisme complexe en EMDR est progressive : elle suppose une phase de stabilisation allongée, un protocole adapté, et souvent une articulation avec d’autres approches thérapeutiques (hypnose, TCC, neurofeedback) selon les besoins.
Quelle différence entre l'EMDR et l'hypnose ?
Les deux approches s’appuient sur des états modifiés de conscience mais poursuivent des objectifs différents, selon des mécanismes distincts.
L’hypnose induit un état de conscience particulier qui donne accès aux ressources internes de la personne pour opérer des changements (apaisement, gestion de la douleur, levée de phobies, préparation à un événement).
L’EMDR sollicite directement les mécanismes de retraitement de l’information en mémoire, pendant que le patient reste pleinement conscient et actif. L’EMDR cible spécifiquement des souvenirs mal intégrés, là où l’hypnose travaille plus largement sur les ressources et les comportements.
Les deux approches peuvent être complémentaires dans un parcours thérapeutique intégratif.
Comment fonctionne la stimulation bilatérale ?
Pendant une séance EMDR, le thérapeute propose au patient des stimulations alternées à droite et à gauche : mouvements oculaires (les yeux suivent les doigts du thérapeute), tapotements doux sur les mains ou les genoux, ou sons alternés dans les oreilles.
Ces stimulations sollicitent plusieurs structures cérébrales impliquées dans la consolidation des souvenirs (amygdale, régions limbiques, cortex préfrontal). La recherche en imagerie cérébrale montre qu’après traitement EMDR, l’hyperactivité émotionnelle liée au souvenir diminue et le souvenir est mieux intégré dans la mémoire autobiographique. Il devient « un souvenir parmi d’autres », sans charge émotionnelle envahissante.
Comment savoir si j'ai besoin d'EMDR ?
Plusieurs signes peuvent orienter vers une indication d’EMDR :
- Un événement passé continue à s’imposer à votre conscience (images intrusives, cauchemars, réactivation émotionnelle lors de certains déclencheurs)
- Vous évitez certaines situations, lieux ou personnes pour ne pas raviver un souvenir difficile
- Une émotion ou une sensation physique ancienne ressurgit de manière disproportionnée dans le présent
- Vous avez l’impression qu’un chapitre de votre histoire « n’est pas refermé »
- Une autre thérapie a abouti à une meilleure compréhension mais n’a pas levé la charge émotionnelle ou corporelle du vécu
Le premier entretien clinique permet de préciser si l’EMDR est l’outil le plus pertinent pour votre situation, ou si une autre approche (ou une articulation entre plusieurs approches) serait plus indiquée.
L'EMDR peut-il se pratiquer en visio ?
Oui, l’EMDR peut se pratiquer en téléconsultation avec des adaptations documentées du protocole. Les stimulations bilatérales peuvent être réalisées par mouvements oculaires suivis à l’écran grâce à un logiciel conçu spécialement pour l’EMDR en visio, par tapotements que le patient applique à lui-même (méthode dite du « butterfly hug »), ou par stimulations auditives alternées via le casque audio.
Existe-t-il des contre-indications à la pratique de l'EMDR?
L’EMDR n’est pas recommandée dans les situations suivantes :
- Épisode psychotique actif
- Instabilité clinique sévère non stabilisée (crises suicidaires aiguës, décompensation en cours)
- Trouble dissociatif sévère (dans ce cas, une phase de stabilisation préalable est indispensable)
- Épilepsie non stabilisée pour les stimulations oculaires — des alternatives tactiles ou auditives sont alors utilisées.
En cas de doute, la phase d’évaluation initiale permet de déterminer si l’EMDR est adaptée à votre situation, ou si une autre approche ou une orientation préalable est préférable.
L'EMDR fait-il « revivre » le traumatisme ?
C’est une inquiétude légitime, souvent évoquée lors du premier entretien. La réponse est non : l’EMDR ne demande pas de « revivre » le traumatisme.
Le patient est invité à se remémorer le souvenir de l’extérieur, comme s’il regardait une scène à distance, en restant toujours pleinement conscient et en lien avec le thérapeute. L’intensité émotionnelle peut temporairement s’activer lors du retraitement, mais elle diminue au fil des séries de stimulations – c’est précisément cet effet de désensibilisation qui caractérise la méthode.
Le cadre thérapeutique, la préparation préalable et l’alliance avec le thérapeute sont conçus pour que le processus reste tolérable et contenu à chaque étape.
L'EMDR est-il adapté aux enfants ?
Oui, l’EMDR est adapté aux enfants et aux adolescents, avec des adaptations du protocole selon l’âge. Pour les plus jeunes, les stimulations bilatérales sont proposées sous forme de jeu (tapotements sur les genoux, boîtes à sons alternés, jouets qu’on suit des yeux). Les cibles thérapeutiques sont travaillées par le biais du dessin, de la narration d’histoires, ou de supports visuels adaptés à l’âge.
Les indications pédiatriques de l’EMDR incluent : les vécus traumatiques (agressions, accidents, deuils, hospitalisations vécues comme violentes), les troubles anxieux post-traumatiques, les phobies précoces, les difficultés liées à un événement perturbateur (séparation, arrivée d’un frère ou d’une sœur).
Les séances avec les enfants intègrent toujours un dialogue avec les parents, pour construire une compréhension partagée de ce qui se joue et pour accompagner l’enfant entre les séances.
Je souffre d'amnésie traumatique
L’amnésie traumatique est un phénomène clinique reconnu : lors d’un événement profondément traumatique – particulièrement lorsqu’il survient dans l’enfance ou qu’il se répète – une partie ou la totalité du souvenir peut rester inaccessible à la conscience, parfois pendant des années, voire des décennies. Ce mécanisme relève de la dissociation, une protection psychique.
L’EMDR est adapté à ce type de situation, mais nécessite un cadre particulier. La prise en charge démarre par une phase de stabilisation longue (construction des ressources internes, travail sur le cadre de sécurité, consolidation de l’alliance thérapeutique) avant tout retraitement. Les souvenirs fragmentaires, les sensations corporelles résiduelles ou les émotions persistantes peuvent servir de points d’entrée au travail, sans qu’il soit nécessaire de « retrouver » le souvenir dans sa totalité.
L’EMDR ne vise pas à provoquer la remontée de souvenirs. Le thérapeute accompagne ce qui émerge spontanément pendant le retraitement, au rythme du patient et en respectant ses mécanismes de protection.
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